Magnanimes

C’est un chant d’oiseau qui m’éveille 
Un merle. En face, le chantier dort encore 
Je descends, je prépare un café serré  
Dehors, le chant du merle me fait sourire

Le chantier démarre, la grue tourne 
Un chalumeau embrase un bloc goudronné 
Un homme appelle dans sa langue rude 
Le chant d’oiseau a-t-il existé ou été rêvé 

D’un clin d’œil tu me charmes sans geste sans bruit  
Dessus tout le fracas le feu l’odeur de fer 
Du monde. Je suis à toi autant 
Qu’à ma vie. Appareillons!

plan B

Qu’arrive-t-il? Je boîte je boîte
Hier encore fringant j’éblouissais
Conquérant tout autour de moi
Las! jambes traitresses je boîte je boîte

Qu’arrive-t-il? Tu bégaies tu bégaies
Hier encore ton discours frappait alentour
Tu gagnais ta vie même ta voix chevrotante
Séduisait par son timbre précis et charpenté

Qu’arrive-t-il? Courbé je compte avec peine
Les ans passés comme autant d’envols loin de moi
Je n’ai plus rien, qu’une vie légère et sans éclat
Qui laissera dans le sable une trace fugace 

Venez frères, sœurs bientôt perclus d’âge
Rassemblons nos forces pour un phalanstère
Dont le fronton clamera « Maison de ceux qui
Du temps qui passe font le festin de leur vie »

Mitan

Tu sais, le corps et rien d’autre
Chaque fois gravité, outrance
Rien ne peut en libérer, sauf l’amour.
L’amour rassemble les corps, il les résout

Tu sais, ton corps et rien d’autre
Quand je vois je deviens 
Une fournaise qui brûle  
Cela n’a rien d’un poème 

Tu sais, mon corps et rien d’autre
Sombre chaudron vaste timbale 
Tantôt enfer, tantôt instrument de ta paix
Je regarde ma main elle écrit tout ceci 

Quarantaine de ruines

Venu seul ai trouvé portes closes
Ville déserte chemins couverts de sable
Tout disait la fin de notre innocence
Si gaies ont été nos fêtes débridées

Après mon voyage une longue et puissante
Envie de te revoir et pouvoir t’embrasser
J’ai vite compris qu’en vain je marchais
Un geai aigrelet ce midi me l’avait annoncé

De Croo imposait de rester enfermé
Lui le con qui un jour nous a dit
La Belgique je la sauverai je la réunirai
Ton bon roi a dit oui vas-y « A l’assaut! »

Et certains pensent c’est la fin du pouvoir
Des citoyens ils n’ont rien compris sauf l’argent
Leur bêtise fera monter haut nos drapeaux
Le jour celui des cerises qui viendra bientôt

Trivial

Congé le poète sommeille 
Il rève qu’il n’existe pas n’a jamais existé 
Ses mots pirates prennent sans donner 

Congé le poème reste couché 
Il présente tout juste quelques bruits 
Mouette qui rit vagues qui mugissent

Congé la page est tournée 
Au dos du livre tu peux lire 
Cet écrivain attend toujours que tu le lises 

Aguerrie

Une dentelle qui se voit à peine sous le tissu
Qui épouse tout ce qui fait l’armature
D’un corps souple fragile. Il couvre un cœur battant
Qui suscite la pensée d’une approche

Chair aguerrie qui connait tous les assauts
Mes pensées errent sans savoir quand vient la fin
Presser ton corps éprouver l’infini enfin

Une nez aquilin un cou gracile
Je suis perdu mes jointures craquent
Je n’ai aucune chance de rester seul

Circulaire

Je n’ai pas mis de masque
Je cherche ta caresse
Un coup de pédale vif, nous dépassons le col

Le grain de ta peau déjà décrit 
Comme un livre de vélin
Un coup de pédale  vif, c’est imprimé partout

Le récit de nos amours
Je n’y vois plus que lumière
Un coup de pédale vif, c’est le jour qui revient

Je n’arrêterai pas l’effort
Jusqu’au jour où tu seras accomplie
Un coup de pédale vif, nous sommes tous repartis